Par : Servan Le Janne - Journal des Maires

Alors que les jeunes tournent souvent le dos au conseil municipal, l’association Tous élus les incite à candidater en 2020.

Sur le quai de l’arrêt République, à Paris, une forme fluo aux contours indistincts attend le métro. Entourée de musiciens, cette espèce de fantôme criard pénètre dans une rame de la ligne 8, croisant quelques regards circonspects. « Mesdames et messieurs, sous vos yeux ébahis va se passer quelque chose d’assez incroyable », claironne un membre du groupe à l’aide d’un mégaphone, ce vendredi 7 juin. « Savez-vous ce qui se cache derrière ce drap vert ? » Aussitôt, il soulève l’étoffe pour découvrir une femme dont le tailleur est barré d’une écharpe tricolore. « Voici une jeune qui se prépare à être maire en 2020. On peut l’applaudir », enchaîne le bénévole de l’association Tous élus.

Une sous-représentation des jeunes

Saluée par de larges sourires et quelques vivats, l’opération « Pourquoi pas toi » cherche à mettre davantage de jeunes sur les listes de candidats aux élections municipales de 2020. Car leur présence à l’hôtel de ville est pour le moins discrète. Selon l’Association des maires de France, 0,1 % des premiers magistrats n’ont pas atteint la trentaine, alors que la moyenne d’âge des maires s’élève à 62 ans. Qui peut se réjouir de cette gérontocratie douce ? Pas les jeunes, qui sont 87 % à s’estimer « pas assez représenté·e·s en politique », souligne Tous élus. Parallèlement, leur engagement décline : 74 % des 18-24 ans sont restés chez eux lors des dernières législatives de 2017.

En 2018, des acteurs de l’économie sociale, engagés au sein de différentes associations, se sont réunis pour étudier le problème. Cofondatrice du mouvement de sensibilisation aux questions de santé et d’environnement Génération Cobayes, Camille Marguin se souvient avoir lancé l’association Tous élus en juin 2018 comme « une sorte d’incubateur politique ». À la lumière du travail de la sociologue Anne Muxel, elle a aidé un groupe d’environ 300 bénévoles à organiser des apéros démocratiques et à diffuser une web-série éclairant le fonctionnement des institutions communales.

Des formations en ligne

« Nous nous sommes rendu compte qu’il y a beaucoup d’idées reçues sur la fonction d’élu, observe-t-elle. Certains jeunes pensaient qu’il fallait avoir 40 ans pour se lancer, ou savoir parler trois langues ! » Le décideur paraît d’autant plus lointain que « la période 2009-2019 a été une décennie noire pour la confiance politique en France », à en croire le baromètre de la confiance politique publié en janvier 2019 par le Centre de recherches politiques de Sciences Po (CEVIPOF). Le 2 juin dernier, l’Association des maires ruraux de France a donc lancé un appel, invitant les citoyens à oeuvrer pour le bien collectif : « La commune est à vous ! Jeunes et moins jeunes, acteurs de la société civile, citoyens inquiets mais emplis d’espoir et de volonté. »

Confrontée à des difficultés à rassembler lors de débats, l’association Tous élus donne des formations en ligne à 2 500 élèves. Elle en espère 100 000 d’ici 2020. Pour toucher au total 500 000 individus, elle offre aussi quelques cours physiques, et a réalisé un tour de France en juin et juillet. « Nous nous appuyons sur les partenaires locaux comme les services civiques, les associations sportives et les maisons de quartiers car c’est là qu’on trouve les meilleurs relais, explique Camille Marguin. Par exemple, si un joueur d’un club de football d’un quartier se présente, tout le monde sera au courant. » Le bacille de l’engagement ne se propagera pas autrement. « Les élus sont aussi des relais potentiels pour leur entourage », ajoute-t-elle. À eux d’aider les jeunes à monter dans le bon wagon.