Publié le 08/11/2019 • Par Jean-Baptiste Forray • dans : France


 Tandis que Sébastien Lecornu veut remettre « le maire au cœur du village », sa ministre de tutelle, Jacqueline Gourault, affirme que « le gouvernement s’opposera à toute volonté de détricotage de l’intercommunalité ». A force d’injonctions contradictoires, il règne sur le bloc local un brouillard à couper au couteau.

 

 

La loi « Notre » n’est pas la sienne. Dans un mail adressé aux maires, le ministre chargé des Collectivités, Sébastien Lecornu, passe au lance-flamme le texte phare de la réforme territoriale de 2015. Il dénonce pêle-mêle « la brutalité de la méthode », « la vision technocratique des objectifs » et « les contresens géographiques et historiques ».

Son credo à la mode de la IIIe République : remettre « le maire au cœur du village » et « repartir de la commune ». Tout esprit cartésien en déduirait que le gouvernement se prépare à revenir sur les grands groupements et les transferts de compétences au profit des intercommunalités nées de la loi « Notre »… Que nenni !

Double discours

Devant l’Assemblée des communautés de France, réunie le 31 octobre à Nice, le Premier ministre, Edouard Philippe, s’est, tout au contraire, lancé dans un vibrant éloge des communautés de communes et autres communautés d’agglomération. Il a salué ces ensembles qui font « de la politique avec un grand P ».

La ministre de tutelle de Sébastien Lecornu, Jacqueline Gourault, a même, pour l’occasion, rompu avec son goût inextinguible du consensus. « Le gouvernement s’opposera à toute volonté de détricotage de l’intercommunalité », a-t-elle martelé.

Sébastien Lecornu aura beau jeu de dire qu’il n’a rien préconisé de tel… Il n’empêche, à force d’injonctions contradictoires, il règne sur ce dossier un brouillard à couper au couteau.

Vérités successives

A sa décharge, le gouvernement n’est pas le seul à entretenir le flou. La majorité sénatoriale LR et Union centriste, qui, aujourd’hui, taille en pièces de nombreuses dispositions de la loi « Notre », oublie un peu vite qu’elle a voté ce texte.

Parmi elle, figurait d’ailleurs François Baroin. Le président de l’Association des maires de France ne ménage pourtant pas ses critiques contre le chapitre intercommunal de la réforme territoriale. Le tout, en écartant d’un revers de main un nouveau big-bang qui mettrait définitivement à plat des élus éreintés par le rythme des réformes…

Un argument qui s’entend aisément, mais qui, là non plus, ne plaide pas forcément en faveur de la clarté du débat public.