Publié le 11/02/2020 • Par Emeline Le Naour • dans : A la Une RHFranceToute l’actu RH


“Fonctionnaire bashing”, régime indemnitaire trop bas, cadre de travail trop rigide… Réunis le 4 février lors de la deuxième édition des rencontres Emploi RH organisés par le CIG petite couronne, les acteurs territoriaux ont échangé sur les solutions à apporter au manque d’attractivité dont souffre les collectivités en matière de recrutements.

« Les annonces sont illisibles, les processus de recrutement sont lourds et les collectivités ne valorisent pas assez leurs atouts ». Voilà le constat lapidaire énoncé par un responsable du recrutement pour une commune de 1300 agents de la petite couronne, le 4 février. Un point de vue malheureusement partagé par un grand nombre de ses pairs, lors de la seconde édition des rencontres « Emploi-RH » organisée au CIG petite couronne.
Confronté à la difficulté de dénicher et convaincre les talents de rejoindre leurs collectivité, bon nombre d’acteurs territoriaux des RH sont à la recherche de solutions.

Première remarque récurrente de ces derniers : simplifier les fiches de postes, pour les rendre plus attrayantes, mais aussi élargir leur diffusion. Les profils se limitant trop souvent au cercle « d’enfants ou de connaissances de fonctionnaires », rompus au jargon administratif employé dans les annonces et à leurs canaux de diffusion.

Une problématique qui résonne aux oreilles de l’un des participants de cette journée. Aujourd’hui responsable RH dans la territoriale, le jeune homme a passé cinq ans en master dans une école de management, « sans jamais entendre parler de la possibilité de travailler dans la fonction publique ».

Alors,  pour élargir le vivier de candidats, certains préconisent notamment l’utilisation de réseaux sociaux ou le recours à des campagnes de communication d’ampleur, à l’image de celle lancée par l’armée de terre.

Salaire et protection sociale

Outre, le manque de visibilité des offres et les délais de recrutements qui peuvent durer plusieurs mois, la rémunération reste, pour beaucoup de candidats, un obstacle de taille.

Pour Johan Theuret, président de l’ADRHGCT, cette problématique du salaire et plus largement de la progression de la rémunération dans le temps, pénalise l’avenir de la territoriale, alors même que la pyramide d’âge vieillissante aurait pourtant besoin de sang neuf.

« Les agents de catégorie C ne sont pas forcément payés moins que dans le privé, mais l’évolution des salaires ne suit pas. Le PPCR, qui devait régler cette question est franchement indéchiffrable, regrette-t-il. En plus de cela, nous sommes en est en retard sur les prestations sociales complémentaires. On ne peut pas fidéliser les nouvelles générations. » Résultat : les candidats se laissent volontiers séduire par les sirènes du privé.

Séduire la nouvelle génération

Plus globalement, la fonction publique territoriale ne suivrait pas d’assez près les évolutions sociétales. « Aujourd’hui, les jeunes collaborateurs veulent un environnement de travail plus flexible, la possibilité de télétravailler par exemple », résume Sigrid Berger, fondatrice de la start-up Profil Public.
D’après l’entrepreneuse, ancienne agente de la fonction publique, les collectivités auraient « beaucoup misé sur la qualité de service des usagers en oubliant parfois de rester à l’écoute des collaborateurs ».

Un argument que ne réfute pas, Jean-Robert Massimi, mais qu’il attribue toutefois à la culture particulière du secteur public : « Le recrutement est un sujet traité négativement. Tout est toujours une question de budget et un candidat n’est pas un investissement mais une dépense. Je rappelle que le ministre de la Fonction Publique est rattaché au Budget, c’est tout un symbole !, fait remarquer le directeur général du CSFPT. On entend constamment que les fonctionnaires coûtent cher et qu’il faut réduire la masse salariale, mais quand on se retrouvera avec des zones entières sans agent, sans service public, il sera trop tard », augure Jean-Robert Massimi.

Protection sociale, horaires et mobilité. D’après lui, l’attractivité de la fonction publique tiendrait à ce triptyque qu’il importe de valoriser, tout en prenant garde à ne pas cloisonner les branches (FPE-FPH-FPT) et à agir de façon globale. Un programme de formation portant sur la valorisation des métiers de la territoriale est d’ailleurs en projet au CNFPT.

Cesser le « fonctionnaire bashing »

Des révolutions et des remises en causes internes qui ne porteront leurs fruits qu’à une condition : obtenir le soutien des élus et plus largement des représentants politiques.

Car si le manque d’attractivité du secteur public est multi-factoriel, le discours dévalorisant tenu par certains politiques sur la fonction publique n’aide pas à redorer son image. Un « fonctionnaire bashing » à son paroxysme depuis plusieurs années.

« Les candidats qui tapent sur le service public en expliquant que les agents ne sont pas productifs, ou illégitimes font beaucoup de mal, détaille Johan Theuret, qui est aussi directeur général adjoint (DGA) des ressources de la ville et de la métropole de Rennes et donc aux avant-postes pour assister aux effets dévastateurs de ces critiques.

« Les relations sont parfois malsaines entre les élus et les fonctionnaires. Les premiers, lorsqu’ils sont encore candidats, ne veulent jamais assumer pleinement de donner quoique ce soit aux agents et puis ils sont élus… », ironise ainsi Johan Theuret.